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En 1472, alors que les caravelles du navigateur portugais Fernando Po
remontent l'estuaire du Wouri, les marins sont tellement étonnés d'y voir nager
des milliers de crevettes qu'ils baptisent le fleuve "Rio dos
Camarões", la rivière des crevettes. Camarões a subi au cours des siècles
plusieurs transformations pour devenir aujourd'hui Cameroun.
A partir du littoral atlantique reconnu par les Portugais, la pénétration
européenne a d'abord été le fait des commerçants, missionnaires et explorateurs
anglais durant tout le XIXème siècle. Une fois leur protectorat reconnu en
1884, les Allemands établirent peu à peu leur autorité sur l'intérieur,
et investirent largement. L'essor économique fut important (création du port de
Douala, construction de routes, d'écoles et d'hôpitaux) mais le prix à payer
fut élevé : travail obligatoire, châtiments corporels, répression. Les
Allemands découpèrent de façon arbitraire une sorte de vaste triangle dont la
pointe nord (à 1 100 km de Douala) atteint le lac Tchad en zone sahélienne, et
la pointe sud-est (à 750 km de Douala) les rives de la Sangha en pleine forêt
équatoriale.
Délimité de la sorte, l'espace camerounais va être partagé en 1919, par le
traité de Versailles entre deux territoires sous-mandat (plus tard sous
tutelle) confiés l'un (le plus important) à la France et l'autre au Royaume-Uni
(après la première guerre mondiale, les alliés se partagèrent les colonies
allemandes). La politique de "mise en valeur" inaugurée par les
allemands sera poursuivie et amplifiée par les français et les anglais,
suscitant de profondes transformations dans le mode de vie des populations
africaines. La mise en place d'infrastructure moderne (chemin de fer, routes,
ports, liaisons aériennes), le développement d'une économie coloniale dite
"ouverte sur le monde" mais fondée sur l'appropriation des richesses
(cultures d'exploitation comme le cacao, le café, le palmier à huile, l'hévéa
ou le coton, et plus tard sur l'industrialisation), l'établissement de
structures administratives strictes, l'essor de l'urbanisation ainsi que
l'émergence de mouvements politiques et syndicaux , tout cela se fera dans le
contexte d'un cadre territorial regroupant pour la première fois des
populations jusque-là fragmentées voire antagonistes. Ainsi seront réunies, en
un laps de temps somme toute assez court (trois quart de siècle), les
conditions propices d'une nation.
Un syndicat, l'UPC (Union des Populations du Cameroun), mené par Ruben Um
Nyobé et Félix Moumié, ainsi que des hommes politiques tel que Ahmadou Ahidjo,
l'homme du nord, exigent à partir des années 50, l'indépendance totale et
immédiate du Cameroun. Cette demande rencontre de fortes résistances et les
hommes de l'UPC passent au maquis. L'insurrection éclate et après émeutes,
assassinats, destruction des mouvements insurrectionnels Bamilékés,
l'indépendance de la partie francophone est acquise le 1er janvier 1960.
L'assemblée nationale est mise en place et Ahmadou Ahidjo est élu président de
la République. Lors du référendum de 1961 sur la réunification, une partie de
la zone anglophone choisit le rattachement au Cameroun, la partie
septentrionale optant pour le Nigeria. Le pays fut d'abord constitué en fédération
puis devient état unitaire en 1972.
Le 4 novembre 1982, contre toute attente, Ahmadou Ahidjo, qui se dit fatigué
et se croit malade, se retire. Son premier ministre, Paul Biya, l'homme du sud,
lui succède. Il effectue divers remaniements ministériels défavorables aux amis
d'Ahidjo. Au printemps 1984, suite à l'accusation de complot et la condamnation
à mort d'Ahidjo, une tentative de coup d'état a lieu mais est vite matée par
l'armée, fidèle au président. Depuis, Paul Biya détient les rênes du pouvoir et
après une longue période de régime de parti unique, le multipartisme est
introduit au Cameroun par la loi du 19 décembre 1990. Le président de la
République est maintenant élu au suffrage universel direct pour 7 ans et Paul
Biya a été réélu avec 97% des voix en 1997, en raison du boycott des élections
par les partis de l'opposition qui accusent le pouvoir de fraudes électorales
succesives. Le Cameroun malgré ces légères avancées entre petit à petit dans la
démocratie mais a encore beaucoup de chemin à parcourir ... la corruption du
pouvoir étant une gangrène difficile à faire disparaître.
Une remarque pour mes concitoyens français : le blocage de la démocratie
dans ce pays est dû en grande partie au soutien des gouvernements français
successifs qui profite de ce système. Pour comprendre les enjeux de la relation
entre la France et le Cameroun, et les devoirs de nous, citoyens français, à
arrêter ce pillage permanent, je vous conseille la lecture des livres de
François Xavier Verschave ("La Françafrique", "Noir
Silence", "Noir Procès") ou de consulter le site de
l'association. |