| La Poste de Bafoussam prise d’assaut. Magouille dans les paiements à Yaoundé
Sur recommandation de la
hiérarchie, des privilégiés perçoivent jusqu`à 500 000 Fcfa.
Comme dit
la publicité, l`ambiance était chaude hier matin à la poste de Messa à Yaoundé.
Les épargnants ont de nouveau manifesté leur mécontentement en paralysant la
circulation à cet endroit, par le biais de bacs à ordures jetés sur la chaussée.
Appelés à la rescousse, des éléments du Groupement mobile d`intervention (Gmi)
de la police ont pacifiquement restauré l`ordre public. Cette fois-ci, la grogne
des usagers de la Caisse d`épargne postale (Cep) visait à réclamer l`intégralité
des sommes qui leur sont dues. "Nous ne voulons plus qu`on nous impose 10 000
francs. Qu`est ce qu`on peut bien faire avec une pareille somme dans ce pays? Il
est temps que l`on nous rembourse la totalité de notre argent. Je suis prêt à
aller en prison pour ça ", affirme un épargnant dont le compte est créditeur,
poursuit-il, de "340 000 francs durement épargnés depuis deux ans".
Ce
nouveau mouvement d`humeur des clients de la Cep intervient au moment où des
informations concordantes révèlent une politique de deux poids deux mesures,
dans le simulacre de paiement des usagers de la banque des services postaux du
Cameroun. Rencontré au guichet du bureau de poste logé au siège de la Cep, un
vieillard dont la chevelure blanchie pourrait forcer la crédibilité, déclare que
"jeudi passé, on a payé 400 000 francs à quelqu`un devant moi. Il était sur une
liste envoyée par les chefs qui sont à l`immeuble Amacam. Comme nous n`avons
personne de ce côté là, on à droit au plus à 10 000 francs". Une misère qui
n`était même pas déjà disponible hier, ainsi que l`indique une note colée sur la
baie vitrée des guichets de ce service de poste. Un responsable anonyme a eu
l`ingénieuse idée d`informer "l`aimable clientèle qu`aucun payement n`est
programmé ce jour, 12 avril 2004". Pourtant, comme pour donner davantage de
crédit aux propos du vieillard ci-dessus cité, deux hommes, à la suite d`un
huis-clos avec un agent, ont inscrit leurs desiderata sur une feuille.
Grâce à un coup d`oeil furtif, l`on a pu se rendre compte qu`ils
sollicitaient des retraits de 100 000 et 450 000 francs Cfa. Dès lors, il est
loisible de se poser la question de savoir pourquoi certains usagers continuent
de requérir le paiement de pareilles sommes d`argent, alors que, depuis
plusieurs mois, il n`est pas possible de percevoir plus de 25 000 francs aux
guichets des services de poste ? Même si l`indisponibilité notoire des
responsables de la Cep n`a pas permis de recueillir leur avis sur d`éventuels
remboursements complaisants, un proche d`un receveur de bureau de poste de la
place a, sous anonymat, confirmé que "la hiérarchie envoie souvent des
recommandations pour demander le payement de gros montants à certains proches.
Ça embarrasse le receveur, mais il finit par payer quand il y` a de l`argent
disponible". Interrogé sur cette injustice sociale qu`orchestreraient
certains cadres des services postaux, le receveur du bureau de Messa est
catégorique : "La hiérarchie ne peut pas nous demander cela alors qu`ils savent
la situation qui prévaut dans nos caisses", déclare-t-il, avant de reconnaître
qu` au courant des mois de "janvier et février, quelques gros clients (trois
millions d`épargne) ont été payés parfois à hauteur de 300 ou 500 000 francs,
selon le montant qu`ils souhaitaient retirer et l`état de nos caisses". Langue
de bois ou solidarité de corps ? L`avenir de la caisse d`épargne postale
tranchera.
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