Saluons avant tout le grand Artémidore d' Ephèse. Artémidore
fut un grec savant, génial même, qui vécut en Asie dans cette
cité d' Éphèse. Sa ville natale fut glorieuse par un temple,
dédié à la vierge sacrée Artémis. C'était alors une des
sept Merveilles du Monde. On sait qu' un intellectuel ambitieux
de gloire et de renom, criminel aussi, mit le feu à ce temple
vraiment divin, dans le but de voir son nom immortalisé. Il
réussit. Deux mille années après l' incendie du temple de
Diane, on sait que celui qui mit le feu au monument se nommait Érostrate, mais on a oublié qui en fut l' architecte, et les
sculpteurs qui l' avaient orné de leurs chefs-d'oeuvre.
Ainsi va le monde que la plus longue renommée est celle du crime.
Artémidore vécut longtemps après cette évènement, mais on avait rebâti un autre temple d' Artémis à Éphèse, et il en reste même encore d' humbles ruines dans le village Turc qui possède à cette heure l' héritage de la glorieuse cité.
Au temps d' Artémidore , l' empire, dont Éphèse faisait partie, était la propriété de Rome. Et un homme le menait qui était né à Nîmes , en France, et se nommait Antonin. Il a laissé un renom magnifique de bonté et de loyauté sur la terre et c' est pour cela sans doute que la sagesse fut plus grande sous son pouvoir que celui de ses prédécesseurs et de se successeurs. Entre les divers sages qui vécurent sous sa protection du pieux Antonin, Artémidore est d' ailleurs un des meilleurs. On sait toutefois peu de chose sur la vie de cet homme excellent et savant. Il n' y avait point alors de ces journaux, comme ceux qui distribuent aujourd' hui le mépris ou l' estime, sans savoir pourquoi. On n' était illustre que si on en avait le mérite et nul n'acquérait un renom sans le justifier.
D' ailleurs les plus grands des hommes vivaient en cette époque heureuse aussi discrètement que possible et leurs oeuvres seules leur acquéraient la gloire.
Celle d' Artémidore, si peu qu' elle soit accompagnée par des révélations sur les jours terrestres de l' homme qui portai ce nom, reste aussi grande au XXe siècle , qu' elle le fut du vivant de son maître, il y a plus de dix-huit cents ans.
Mais, en parlant de ce philosophe modeste et estimable, il ne faudrait point omettre ceux qui, comme lui, consacrèrent une vive intelligence et des dons divins à établir ce que le songe contient de vérité. Et nous devons citer en sus quelques autres nom. Pourtant, nous le savons de ceux-là rien plus que leur préoccupation durant qu' ils vécurent, c' est à dire qu' ils étudièrent la divination par les rêves. Quand à leurs oeuvres matérielles elles ont péri.
Ce sont :
Épicharme ,le poète de Cos.
Panyasis ,qui vécut à Halicarnasse.
Antiphon ,qui fut le professeur de l' historien Thucydide.
Strabon ,dont la gloire fut grande aussi comme géographe.
Démétrios ,de Phalère ,qui fut le fondateur de la Bibliothèque d' Alexandrie, où toute la sagesse ancienne était condensée.
Aristandre , de Pelmesse ,qui fut le fidèle compagnon d' Alexandre le Grand, et sut ,par les songes, guider prodigieusement son jeune et ardent compagnon.
Apollodore , l' Athénien ,qu' il ne faut point confondre avec celui de Damas, lequel insulta si fâcheusement Adrien.
Antipater , de Tarse , moins glorieux que les autres du même nom, mais plus profond.
Denys , le Rhodien.
Apollonius , d' Attale ,qu'il faut éviter de confondre avec le Pamphilien du même nom, inventeur d' une théorie des sections coniques, et avec le Rhodien, auteur des Argaunotiques.
Horus ,grammairien.
Géminus , le Tyrien ,astronome considérable.
Dion , le Syracusain.
Philon , de Béryte ,et d' autre encore .......
On voit que la science des songes n' est pas une petite invention
de rien.
Les plus nobles esprits des temps anciens ne crurent point perdre leur vie et gaspiller leur sagesse en se dévouant à cette divination. Elle reste en effet même de nos jours , une angoisse toujours tragique pour les habitants du monde. Nous avons toutefois perdu les oeuvres de tant de savants. C'est une perte irréparable, car les hommes de génies sont rares et on ne saurait remplacer, à moins de siècles et de siècles , tant de trouvailles de génie qui emplissaient ces livres prodigieux.
Heureusement, nous possédons les cinq livres d' Artémidore sur les songes, et ce n'est point un des legs les moins précieux qui nous soient parvenus des temps qu' il est convenu de nommer païens.
Qu' on croie pas, au demeurant, lorsque nous parlons des temps païens , que l' Église interdise ou tienne pour un péché l' étude de la divination par les songes. Nous pouvons dire que saint Thomas d' Aquin est loin de lui être hostile , mais ce qui importe avant tout , c' est que, dans le livre sacré des Évangiles, on trouve l'opinion mainte fois exprimée que les rêves sont des lumières divines sur le mystère de l' avenir. Nous citerons, pour ceux qui voudraient en être assurés, l'Évangile selon saint Matthieu , où il est dit, au verset XX du chapitre I , que saint Joseph fut visité en songe par un ange, lorsqu'il voulut répudier la Sainte Vierge , afin d' apprendre que l' enfant, qu' elle portait , était du Saint-Esprit.
Rappelons encore le verset XIII du même Évangile, chapitre II, et, au chapitre XXVIII , le verset XIX , où l' épouse de Ponce-Pilate fait dire à son mari , au moment où il juge Jésus-Christ , qu' un songe l' a étrangement tourmentée sur le sort de ce Juste. Il ne saurait donc y avoir de doute à ce sujet , la divination par les songes est chose licite aux croyants .
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