Les producteurs de tomates sont de plus en plus confrontés
à des problèmes d’écoulement de leur production en raison d’un
manque de programmation: ils ne connaissent pas, d’une façon
exacte et avant le début de la campagne, les besoins du marché
intérieur et ne sont pas en mesure, par conséquent, de prendre
les dispositions nécessaires à l’avance pour fournir les
quantités demandées aux industriels en temps opportun.
Or,
cette lacune peut être comblée, dans la mesure où un contrat
peut être signé entre l’agriculteur et le transformateur qui
comporte toutes les étapes à suivre par l’un et par
l’autre.
L’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche
(Utap) a organisé, récemment, une journée d’information pour
expliquer la portée de ce contrat, qui constitue une
convention entre le propriétaire de l’usine de transformation
des produits alimentaires et, d’un autre côté, le producteur
des tomates fraîches.
Chacune des deux parties doit
respecter les engagements spécifiés et, notamment, ceux
relatifs à la quantité, au prix, au mode de paiement, au
moyen de transport, aux normes de qualité et à la manière
utilisée pour les comptabiliser.
Les deux parties se
mettent d’accord pour pratiquer le prix unifié des tomates
fraîches destinées à la transformation, convenu au début de la
saison entre l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et
de l’artisanat (Utica) et l’Utap, après approbation du
ministre chargé du Commerce.
Contrôle de qualité des tomates
Le transformateur s’engage, selon le contrat, à payer le
prix des quantités de tomates acceptées sur trois tranches,
sachant que le paiement définitif est effectué le 31 mars de
l’année suivant celle de la production.
Les tomates
fraîches font l’objet d’un contrôle de qualité, de manière à
préciser le prix fixé selon certains critères. Le contrôle se
fait dans les usines équipées d’une station agréée par la
commission nationale concernée. Lors de la vente, un reçu
comportant le poids, le niveau de qualité et le prix est
fourni au producteur.
Comme l’a souligné à cette occasion
M. Mabrouk Bahri, président de l’Utap, ce contrat a pu être
élaboré après plusieurs réunions entre les parties concernées.
Le but étant de raffermir les liens entre l’agriculteur et le
transformateur, pour que le système de production du concentré
de tomate fonctionne parfaitement, tout en évitant à la fois
les pertes de tomates et le manque d’approvisionnement de la
chaîne de transformation.
Ces contrats, utilisés dans
plusieurs pays développés et grands producteurs de tomates,
vont consacrer davantage la transparence dans les transactions
entre les deux parties. Dans un premier temps, des incitations
seront fournies pour amener les producteurs et les
transformateurs à recourir à ce contrat. Des campagnes
d’informations seront d’ailleurs organisées dans les régions
pour faire connaître ce contrat et son utilité.
Rappelons
que le secteur des tomates de saison destinées à la
transfor
mation occupe une bonne place au double niveau
social et économique, dans la mesure où il fournit une source
de revenus pour 10.000 agriculteurs, dont la majorité sont des
petits producteurs. En outre, le secteur emploie des
travailleurs permanents et saisonniers dans 32 unités
industrielles et à travers différentes prestations.
Par
ailleurs, les superficies consacrées aux tomates de saison
sont passées de 21.700 ha en 2000 à 19.200 ha l’année
dernière. On prévoit 16.800 ha pour l’année en cours. Quant
aux superficies utilisant le système du goutte-à-goutte, elles
sont passées de 13.600 ha en 2000 à 17.767 ha l’année
dernière. Les différentes mesures prises ainsi que les efforts
déployés par toutes les structures professionnelles et les
producteurs ont donné leur fruit, puisqu’on a réussi à
maintenir presque le même niveau de la production malgré la
diminution des superficies.
Système goutte-à-goutte utilisé
En effet, la production a été l’année dernière de l’ordre
de 930.000 tonnes, contre 930.500 tonnes en 2000. Il est
vrai que la production en 2004 n’a été que de 900.000
tonnes. Mais, d’une façon générale, la productivité à
l’hectare est passée, elle, de 43,1 tonnes en 2000 à
48,4 tonnes l’année dernière.
S’agissant de la
transformation, les quantités de tomates fraîches traitées
sont passées de 739.600 tonnes en 2000 à 735.000 l’année
dernière. Ce qui est moins que la production de l’année
précédente, où l’on a enregistré 743.250 tonnes. De ce fait,
la production du concentré de tomates au cours de l’année
dernière a été de 124.500 tonnes, au lieu de 127.450 tonnes
en 2000.
À noter que les besoins intérieurs en
concentré de tomate sont estimés à 85.000 tonnes par an.
L’excédent de la production, à la fin de l’année écoulée, a
été estimé à 99.000 tonnes. D’où l’importance des exportations
de ce produit, qui sont passées de 25.525 tonnes en 2000
à 18.319 tonnes en 2005. Il a été possible d’exploiter les
opportunités d’écoulement vers la Libye grâce aux appuis de
l’Etat et à la participation des agriculteurs et des
producteurs. Mais la diminution des quantités exportées
constatée s’explique par la concurrence extérieure rude et les
lacunes caractérisant le système de production en Tunisie
appelé à relever les défis par la qualité et les prix. Et les
contrats constituent justement un maillon qui était manquant
au système.
Chokri GHARBI