Société
Reportage
Collecte des déchets plastiques
Un système efficace et générateur de sources de revenus
Jadis source de pollution et de désagréments pour les habitants, les déchets en plastique sont aujourd’hui générateurs de sources de revenus et d’emplois dans le cadre d’un système de collecte et de valorisation.
 

En effet, à la faveur des encouragements des pouvoirs publics, de nombreux jeunes ont pu contracter un crédit de la Banque tunisienne de solidarité pour monter leur micro-entreprise. C’est en avril 2001 que le système de collecte rémunérée est devenu opérationnel. A la fin de l’année dernière, 187 points Ecolef ont été créés, dont 78 exploités par les privés, six par les associations et le reste à la charge de l’Agence nationale de la gestion des déchets (Anged) qui confie sa part aux privés.

Le réseau des amis de l’environnement, plus connu sous l’appellation de «Cheb», a été lancé en mars 2005 et a permis la création par les diplômés du supérieur de 34 micro-entreprises réparties, dans une première étape, à travers quatorze gouvernorats. Le montant payé contre les quantités collectées s’est élevé à 1.440 millions de dinars. Il y a, actuellement, près de 230 demandes de promoteurs qui veulent créer des points de collecte. Si les promoteurs des points Eco-lef acceptent, contre paiement (200 millimes le kg), les déchets en plastique des collecteurs particuliers qui font le tour de la ville pour ramener surtout le maximum de bouteilles en plastique, les promoteurs faisant partie du système Cheb font la collecte à la source, c’est-à-dire chez les épiciers, les syndics d’immeubles, les grandes surfaces L’agence reçoit les quantités collectées auprès de ces micro-entreprises, avec qui des conventions sont conclues pour 500 millimes le kg. Le système semble rentable, puisque le chiffre d’affaires des micro-entreprises peut atteindre, de l’avis même de M. Mounir Ferchichi, directeur général de l’Anged, de 5.000 à 7.000 dinars!

Il y a donc les petits collecteurs qui sont généralement des personnes de catégorie sociale modeste et qui sont équipés, pour tout matériel, d’une charrette ou d’un chariot où elles entassent des grands sacs bourrés de bouteilles vides en plastique. Rappelons que le plastique collecté passe au compactage puis au broyage pour être transformé en granulés. Ces derniers peuvent servir à la construction de certains objets en plastique dont certains sont exportés. Le gisement est disponible et le marché demandeur.

A Mellassine, Mohamed, père de deux enfants, est l’un des collecteurs de déchets en plastique qui livre régulièrement à un point Eco-lef privé. «Avant de donner les bouteilles collectées, je fais soigneusement le tri chez moi», dit-il. Il dispose d’un chariot pour ramener les déchets, mais parfois il loue une camionnette pour 5 dinars quand les quantités sont importantes. Il estime qu’il amène chaque jour entre 70 et 80 kg. Il commence le travail à 21 heures et ne revient chez lui qu’à 5 heures du matin. C’est surtout les souks de la Médina qui l’intéressent, «car il y a beaucoup de plastique propre. Là-bas personne ne m’importune, tout le monde me connaît et moi je ne dérange personne». Une fois, en cherchant du plastique, il s’est fait piquer par une seringue. «C’est un accident de travail et j’ai payé 20 dinars pour me faire soigner», se souvient-il.

Dans le même quartier, une dame d’un âge avancé, a réussi à remplir chaque jour, par ses propres moyens, deux grands sachets. «C’est un travail fatigant, se plaint-elle. Et une grande partie des gains servent à acheter des médicaments, car je suis diabétique!». Parfois, elle rencontre des gens serviables qui l’aident dans sa besogne, d’autant plus qu’elle est veuve et que sa fille est mariée depuis sept mois. Son cas ressemble à celui de Mabrouka Ben Ahmed, qui fait ce travail de collecte depuis deux ans, mais qui ne semble pas heureuse. Pourtant, elle parvient à ramener chaque jour sept à huit sacs bien remplis de bouteilles qu’elle ramasse dans les quartiers du Bardo surtout. Elle, aussi, dépense beaucoup d’argent gagné pour se soigner.

Par contre, Salah M. qui gère un point de collecte privé, est satisfait malgré certains problèmes dont celui lié aux retards de paiement de l’agence.

Ce problème sera résolu très prochainement, assure-t-on à l’Anged. «C’est surtout pendant l’été que le travail connaît une réelle dynamique», avoue-t-il. «Quand j’ai de l’argent, j’essaye de payer les collecteurs tout de suite, mais parfois je suis obligé de les faire attendre». Il dispose d’un carnet dans lequel il note, chaque jour, les quantités parvenues des treize collecteurs qui collaborent régulièrement avec lui et, à la fin du mois, ils les paient.

A quelques kilomètres de là, et plus exactement à Ben Arous, Mme Samah, ingénieur, a choisi de monter son projet de collecte dans le cadre du système «Cheb». Elle fait travailler une seule personne qui se charge de collecter les déchets en plastique à la source, en utilisant sa camionnette. Les zones couvertes sont celles de Ben Arous-Ville et d’El Médina El Jadida. «Des cinquante épiciers qui ont adhéré au système, il n’en reste que six qui ont continué à collaborer...».

Pour monter son projet, elle a contracté un crédit auprès de la Banque tunisienne de solidarité (BTS) et la rentabilité est considérée comme «moyenne». Elle collecte les déchets des entreprises aussi. Son rêve est de développer son projet pour passer au broyage des déchets en plastique et vendre sur le marché extérieur. «A ce moment-là, je pourrai recruter plus de main-d’œuvre», indique-t-elle.

En tout cas, et d’une façon générale, du 1er avril 2001 au mois de décembre 2005, il a été possible de collecter près de 24.500 tonnes. L’année dernière, on a collecté 11.000 tonnes, soit 40% des déchets en plastique qui auraient pu être jetés en plein milieu naturel. Ce qui s’ajoute aux quantités enlevées lors des campagnes.

Grâce au système «Cheb» et à la consolidation du système de collecte rémunérée, il a été possible d’augmenter les quantités de 54% par rapport à l’année précédente. Des conventions ont été également conclues avec 97 associations et organisations au cours de l’année écoulée et des aides financières d’une valeur de 280 mille dinars ont été octroyées.

Chokri GHARBI