Selon M. Azzouz Kharraz, président de la Chambre
nationale des artisans innovateurs, «la première étape est
d’engager une étude sur l’ensemble des régions». D’autant plus
que les attentes des régions peuvent être très différentes.
Les intervenants peuvent être, bien sûr, des établissements
publics ou privés, organisés sous forme d’entreprises
d’activités artisanales, de centres de formation, de magasins,
de musées associatifs.
Un ensemble d’objectifs devrait être
concrétisé, selon M. Kharraz, qui est aussi ingénieur
céramiste : «Le premier objectif répond à une demande des
artisans en matière de promotion. Celle qui est réalisée à
l’échelle régionale est peu suffisante. L’autre objectif
consiste en leur mise en réseau. Surtout que certains artisans
regrettent le fait de travailler de manière un peu isolée,
souhaitant s’inscrire dans des circuits touristiques plus
larges».
Des informations à clarifier
Le secteur de l’artisanat est très lié au secteur
touristique. Et il s’agit d’exploiter comme il se doit les
années qui connaissent l’arrivée d’un flux important de
touristes. Souvent, les visiteurs qui viennent chez nous
veulent garder, avant de quitter le pays, un souvenir qui leur
rappellera plus tard leur séjour, leurs visites dans les
différentes zones. D’où la nécessité de soigner le produit
artisanal.
Justement, le troisième objectif du travail à
engager est «d’inciter progressivement à la clarification de
l’information donnée au public. Un certain nombre d’ateliers
n’ont d’artisan que le nom, dans la mesure où ils ne font
essentiellement que de la revente. Les artisans qui fabriquent
souhaitent qu’il y ait une clarification afin de ne pas
confondre les différents acteurs. Et puis, dernier point, il
faut améliorer les conditions d’accueil».
En tenant compte
de ces objectifs ainsi que des conditions d’accueil, il est
donc possible de créer «la route des artisans». Des
engagements seraient cependant définis et devraient être
respectés pour ceux qui voudraient adhérer au réseau. Il
s’agit d’avoir une bonne qualité d’accueil, de prévoir des
visites avec des démonstrations et des explications permettant
aux visiteurs de se faire une idée générale sur la technique
du métier. Les adhérents devraient donner les informations
nécessaires au sujet de la nature et l’origine des produits
proposés à la vente. M.Kharraz propose que «pour respecter les
conditions de préservation du travail dans la région, il est
souhaitable d’inscrire un pourcentage allant de 60 à 80% des
produits issus de l’activité locale et qui apportent aux
artisans locaux et régionaux un marché. Les produits
venant d’autres sites du circuit ou de la région ne doivent
pas dépasser les 20 à 40%».
Un guide de visite
Notre interlocuteur regrette de trouver dans des boutiques
situées sur des sites touristiques importants des produits
provenant du…Maroc, de l’Egypte, voire de l’Inde et des pays
africains ! Ce n’est pas de cette façon que l’on va
promouvoir notre artisanat qui fait vivre des milliers de
personnes.
Pour réussir ce projet de la «route des
artisans», et en plus de l’animation du circuit, il est
nécessaire, selon le président de la Chambre nationale des
artisans innovateurs, de publier un guide de visite, des
affiches à diffuser dans le réseau des antennes régionales de
l’Office du tourisme tunisien. Des indications pourraient
localiser les différents artisans, qui peuvent faire partie de
la «route du tapis», de la «route de la poterie» ou de la
«route de la vannerie». Mieux, «la démarche doit être
collective dans toute la région, espère M. Kharraz. Tous les
panneaux doivent reprendre le logo de l’artisanat, ainsi
que celui de l’atelier ou le nom de celui-ci et son activité.
Le fait d’avoir ces panneaux avec le logo des artisans en
permanence sur les routes va aussi être un moyen pour diffuser
le logo de l’artisanat et de le fédérer encore plus». Ce
travail devrait être accompagné de sessions de formation pour
faire connaître aux intéressés le circuit de la région, les
techniques d’agencement des vitrines, de vente et de
développement de nouveaux produits. Lors de la formation, les
artisans devraient avoir à leur disposition des guides
méthodologiques, sans oublier les appuis financiers, pour leur
permettre de réutiliser les matériaux traditionnels.
Le
projet de la «route des artisans», qui ne nécessite pas
beaucoup de ressources, peut être une occasion propice
permettant de redécouvrir notre artisanat et de dynamiser
davantage les activités des artisans dans les régions. Ainsi,
il serait possible d’améliorer le revenu des artisans et de
les inciter à toujours faire plus en matière d’innovation, de
recherche et d’amélioration du produit.
Chokri
GHARBI