Société
Pour dynamiser l’artisanat dans les régions
La route des artisans, la voie de l’innovation
Une «route des artisans» : c’est une nouvelle idée qui pourrait avoir des retombées très positives sur le secteur de l’artisanat. Le principe est que chaque région en Tunisie dispose de ses ressources et de ses spécificités, qu’il convient de mettre en exergue et de valoriser.
 

 Selon M. Azzouz Kharraz, président de la Chambre nationale des artisans innovateurs, «la première étape est d’engager une étude sur l’ensemble des régions». D’autant plus que les attentes des régions peuvent être très différentes. Les intervenants peuvent être, bien sûr, des établissements publics ou privés, organisés sous forme d’entreprises d’activités artisanales, de centres de formation, de magasins, de musées associatifs.
Un ensemble d’objectifs devrait être concrétisé, selon M. Kharraz, qui est aussi ingénieur céramiste : «Le premier objectif répond à une demande des artisans en matière de promotion. Celle qui est réalisée à l’échelle régionale est peu suffisante. L’autre objectif consiste en leur mise en réseau. Surtout que certains artisans regrettent le fait de travailler de manière un peu isolée, souhaitant s’inscrire dans des circuits touristiques plus larges».

Des informations à clarifier

Le secteur de l’artisanat est très lié au secteur touristique. Et il s’agit d’exploiter comme il se doit les années qui connaissent l’arrivée d’un flux important de touristes. Souvent, les visiteurs qui viennent chez nous veulent garder, avant de quitter le pays, un souvenir qui leur rappellera plus tard leur séjour, leurs visites dans les différentes zones. D’où la nécessité de soigner le produit artisanal.
Justement, le troisième objectif du travail à engager est «d’inciter progressivement à la clarification de l’information donnée au public. Un certain nombre d’ateliers n’ont d’artisan que le nom, dans la mesure où ils ne font essentiellement que de la revente. Les artisans qui fabriquent souhaitent qu’il y ait une clarification afin de ne pas confondre les différents acteurs. Et puis, dernier point, il faut améliorer les conditions d’accueil».
En tenant compte de ces objectifs ainsi que des conditions d’accueil, il est donc possible de créer «la route des artisans». Des engagements seraient cependant définis et devraient être respectés pour ceux qui voudraient adhérer au réseau. Il s’agit d’avoir une bonne qualité d’accueil, de prévoir des visites avec des démonstrations et des explications permettant aux visiteurs de se faire une idée générale sur la technique du métier. Les adhérents devraient donner les informations nécessaires au sujet de la nature et l’origine des produits proposés à la vente. M.Kharraz propose que «pour respecter les conditions de préservation du travail dans la région, il est souhaitable d’inscrire un pourcentage allant de 60 à 80% des produits issus de l’activité locale et qui apportent aux artisans locaux  et régionaux un marché. Les produits venant d’autres sites du circuit ou de la région ne doivent pas dépasser les 20 à 40%».

Un guide de visite

Notre interlocuteur regrette de trouver dans des boutiques situées sur des sites touristiques importants des produits provenant du…Maroc, de l’Egypte, voire de l’Inde et des pays africains ! Ce n’est pas de cette façon que l’on va promouvoir notre artisanat qui fait vivre des milliers de personnes.
Pour réussir ce projet de la «route des artisans», et en plus de l’animation du circuit, il est nécessaire, selon le président de la Chambre nationale des artisans innovateurs, de publier un guide de visite, des affiches à diffuser dans le réseau des antennes régionales de l’Office du tourisme tunisien. Des indications pourraient localiser les différents artisans, qui peuvent faire partie de la «route du tapis», de la «route de la poterie» ou de la «route de la vannerie». Mieux, «la démarche doit être collective dans toute la région, espère M. Kharraz. Tous les panneaux doivent reprendre le logo de l’artisanat,  ainsi que celui de l’atelier ou le nom de celui-ci et son activité. Le fait d’avoir ces panneaux avec le logo des artisans en permanence sur les routes va aussi être un moyen pour diffuser le logo de l’artisanat et de le fédérer encore plus». Ce travail devrait être accompagné de sessions de formation pour faire connaître aux intéressés le circuit de la région, les techniques d’agencement des vitrines, de vente et de développement de nouveaux produits. Lors de la formation, les artisans devraient avoir à leur disposition des guides méthodologiques, sans oublier les appuis financiers, pour leur permettre de réutiliser les matériaux traditionnels.
Le projet de la «route des artisans», qui ne nécessite pas beaucoup de ressources, peut être une occasion propice permettant de redécouvrir notre artisanat et de dynamiser davantage les activités des artisans dans les régions. Ainsi, il serait possible d’améliorer le revenu des artisans et de les inciter à toujours faire plus en matière d’innovation, de recherche et d’amélioration du produit.
Chokri GHARBI