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8 mars 2008

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Le chèque-santé n'existe pas

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Le chèque-santé n'existe pas

 

Lancé à grands renforts de publicité via la presse, le chèque-santé est destiné à aider ceux qui n'ont pas droit à la CMU complémentaire, tout en ayant de faibles ressources, pour financer partiellement une mutuelle. 

Force est de constater à l'usage que pour beaucoup le chèque-santé apparaît comme un leurre. 

Chèque santé = Aide pour une Complémentaire Santé (ACS)

En premier lieu, il faut rappeler que le chèque-santé n'est ni plus ni moins que l'aide pour une complémentaire santé (ACS) qui existait déjà auparavant. Et pour avoir droit à cette aide (donc au fameux chèque-santé) il faut remplir le formulaire S 3715 intitulé Aide pour une Complémentaire Santé. Le chèque-santé est une bonne idée, mais en l'état, une idée inapplicable ou inappliqué. 

Confusion de formulaires.

Mais il existe un autre formulaire, le S 3711 d, qui est à la fois une demande d'ACS et une demande de CMU complémentaire (CMUC) en un seul dossier.

Or, de nombreux centres de sécurité sociale délivrent au demandeur le second formulaire plutôt que le premier, invitant leur interlocuteur à faire à la fois une demande de CMUC (au cas où il y aurait droit) et une demande d'ACS, au cas ou ses ressources dépasseraient le plafond limite CMUC. 

Refus de chèque-santé (ACS) pour ressources supérieures au plafond CMUC

L'intégration de ces 2 dossiers en un seul est loin d'être à l'avantage du demandeur, car pour beaucoup de ceux qui font une demande d'ACS via ce formulaire, c'est une lettre de refus de CMUC qui leur est transmise... sans qu'il soit fait mention du rejet de leur demande d'ACS qui du coup est totalement zappée. 

Bien choisir son formulaire : Aide pour une Complémentaire Santé (ACS)

Il convient donc, au demandeur, de bien choisir son formulaire, celui intitulé exclusivement Aide pour une Complémentaire Santé, et ne mentionnant surtout pas la CMU, s'il estime que ses ressources sont supérieures au plafond donnant droit à la CMUC. Foin des bons conseils de "la dame de l'accueil qui a l'air si gentille". Encore faut-il savoir ce qui est pris en compte dans les ressources pour savoir quel formulaire demander. 

Les ressources

Sont prises en compte les ressources des 12 mois précédant la demande : ex : la demande a lieu au 25 février 2008, il faut fournir les ressources allant du 1er février 2007 au 31 janvier 2008. 

Parmi ces ressources, il faut prendre en considération (entre autres et pour les cas généraux)

. Les salaires, les revenus de stages ou de contrats aidés

. Les allocations de chômage

. Les pensions alimentaires reçues (ou autres pensions et retraites imposables... ou non imposables)

. Les revenus du patrimoine et des capitaux (y compris les intérêts que vous avez reçu en provenance de votre ou vos livret(s) de caisse d'épargne quel qu'il soit)

. Les aides versées régulièrement par une institution

. Les gains aux jeux

A ces ressources s'ajoutent :

. un supplément forfaitaire de revenus si vous êtes locataire et percevez une aide au logement

. Les allocations familiales. Attention : s'ajoutent également les éventuelles primes versées par la CAF à ceux qui étaient bénéficiaires de l'API ou du RMI et qui ont repris un emploi. 

Vous bénéficiez d'abattements sur vos ressources antérieures si vous vous retrouvez par exemple au chômage au moment de la demande.

L'ensemble des ressources ne doit pas dépasser un plafond forfaitaire qui augmente en fonction du nombre de personnes à charge.

Une estimation des ressources rendue impossible

Ces différents paramètres rendent très difficile une estimation des ressources.... et plonge dans le brouillard des formulaires ceux qui souhaitent faire une demande de chèque-santé. En effet, seul le centre de sécurité social peut indiquer quelles ressources seront prises en compte exactement (notamment au niveau de la CAF) quel sera le montant des abattements éventuels, quel sera le montant d'un éventuel forfait logement à ajouter (en fonction du nombre de personnes vivant au foyer)... etc.

De même qu' il est impossible de savoir si l'on est éligible à l'ASC, à la CMUC ou à rien du tout AVANT de remplir l'un ou l'autre des formulaires proposés

Or le chèque-santé qui devait simplifier les démarches, se heurte à la complexité d'un dossier où une multitude de justificatifs sont demandés.

Des tonnes de justificatifs

La situation des personnes éligibles à l'ACS ou à la CMUC, est très souvent celle des personnes qui naviguent entre le chômage et les "petits boulots" ou les contrats précaires. C'est la situation de bien des femmes. Ces personnes ont donc à fournir à la fois les justificatifs de leurs ressources professionnels et non professionnels, de leurs pensions alimentaires (éventuellement les 5 pages du jugement du tribunal), de leurs revenus d'épargne, outre la copie de leur avis d'imposition ou non imposition, de leur attestation de carte vitale, de leur carte d'identité, de leur livret de famille, de leur quittance de loyer, facture EDF, certificat d'hébergement.... bref une tartine de documents pour la plupart inutiles puisque le centre de sécurité social est en lien avec différents organismes pour contrôler les ressources ou la situation du demandeur

Le chèque-santé n'existe pas

Lors de la présentation très médiatique du chèque-santé, certains ont pensé qu'ils pourraient avoir droit à cette aide en raison de leur situation et sans avoir à trop peiner dans les démarches pour l'obtenir. Il était même suggéré que le chèque-santé serait directement envoyé au domicile de ceux et celles qui seraient supposés y avoir droit. Il n'en est rien. En premier lieu, parce que le chèque-santé ne prend pas en compte la situation présente du demandeur mais sa situation antérieure. Ainsi, une personne qui a travaillé quelques semaines dans les 12 mois précédant sa demande et se retrouve soudain avec un minimum de ressources, verra son dossier rejeté parce que, à un ou deux mois près, ses ressources dépasseront de quelques euros le plafond autorisé. Certes, elle peut faire la demande autant de fois qu'elle le souhaite et même tous les mois s'il le faut, mais à chaque fois il faut reconstituer le dossier car apparemment les pièces fournies ne sont pas conservées.

Situations ubuesques

Ainsi, à quelques semaines d'intervalles, des demandeurs d'ACS se sont vus refuser l'aide soit parce qu'ils étaient au-dessus du plafond ACS soit parce qu'ils étaient en dessous du plafond CMUC. Etre pile-poil entre les deux se révèle être une belle gymnastique. Dans le second cas, le demandeur est invité à refaire un dossier, de CMUC cette fois-ci... ce qui décourage plus d'une personne qui préfère au bout du compte ne pas avoir de mutuelle et ne pas se soigner. . 

Et pourtant le chèque-santé serait une bonne initiative si quelques améliorations étaient apportées. En effet, bien des personnes refusent la CMUC pour différentes raisons :

. la CMUC, comme la CMU, n'est pas appréciée des praticiens qui, s'ils ne refusent pas ouvertement les soins aux patients qui les contactent, leur fixent des rendez-vous aux calendes grecques pour se débarrasser des indésirables

. au niveau des femmes ayant connu un "accident de la vie", tel un divorce ou une séparation suite à violences conjugales, et qui se retrouvent propulsées dans l'assistanat alors qu'elles avaient un niveau de vie correct, préfèrent ne pas affronter leur médecin-traitant ou leur pharmacien avec l'étiquette CMU collée au front. Ces femmes-là ne demandent pas l'assistanat, mais simplement un allègement de leurs frais.

. dans le même ordre d'idée, de nombreuses personnes seraient prêtes à financer de leurs propres deniers une complémentaire santé, si elles pouvaient bénéficier d'une aide partielle, le coût des mutuelles étant très élevé, notamment à partir d'un certain âge. 

Les améliorations à apporter

- Ne pas refuser l'ACS au motif que la personne est en-dessous du plafond CMUC et, qu'ayant droit à la CMUC, elle n'a pas droit à l'ACS.  Beaucoup de personnes qui reçoivent ce type de notification n'ont aucune envie de refaire un dossier de CMUC, craignant cette fois-ci de voir leur dossier rejeté pour cause de ressources supérieures au plafond.  Si la personne est au-dessous du plafond CMUC, lui laisser le libre choix entre effectuer une nouvelle demande de CMUC ou accepter l'ACS qu'elle a sollicitée puisque de fait elle y a droit

- Simplifier les démarches.... mais est-ce utopique ? Pourquoi l'agent qui traite le dossier sollicite un justificatif de carte vital ou un justificatif Caf, alors que, derrière son ordinateur, il est en lien direct avec le dossier du demandeur. 

- Permettre au demandeur de savoir s'il et éligible à l'ACS ou à la CMUC, ou à rien, AVANT de lui demander de constituer un dossier. Sans doute sera-t-il possible, un jour, au personnel des centres de sécurité sociale, ou via internet sur le site améli.fr, d'effectuer une simulation, ce qui éviterait bien des dossiers et de la paperasserie pour rien... à l'heure de l'informatique.